mais en plus on fait que me contrarier par ici ! Désolée pour
mes nombreux amis chez Blogzoom et Blogourt : pas moyen de les
atteindre ! Une autre fois, peut-être ... enfin j'espère que ce
n'est pas bis repetita de la mauvaise plaisanterie de RMC !
Pourquoi
m’a-t-elle infligé cette épreuve, à moi, sa petite fille
modèle sage et studieuse ? Plus d’un demi-siècle après, je me
le demande encore, le rouge aux joues, un tremblement dans la voix.
Pourquoi ?
J’avais «
sauté » le cours préparatoire car je lisais et écrivais
parfaitement lorsque j’eus l’âge d’aller à
l’école où jamais je ne connus une moyenne inférieure à
8,5/10. J’aurais certainement frôlé les 10/10 sans mon talent
certain pour la conversation et sans le redoutable système des bons
points, jugé aujourd’hui bien trop traumatisant pour les
petits depuis la fin du XXème siècle.
Le bon point était la monnaie de la
conduite ; les élèves bien sages, assidus, attentifs et studieux
gagnaient des bons points. Dix bons points s’échangeaient
contre une image, dix images contre un livre de la bibliothèque
rose ou verte. Je ne sais plus : je n’ai jamais atteint le
stade des images. En effet, tout écart de conduite nous valait la
restitution d’un ou plusieurs bons points selon la gravité du
délit. Arriver en retard, moins cinq ; tenue vestimentaire
fantaisiste ou pas très nette, moins deux ou trois. Moi, je
cumulais les bavardages à un point, et les interventions
intempestives à deux points ; à la fin du mois, j’étais
copieusement à découvert (déjà !) et la moyenne de mes notes était
amputée d’un demi-point.
J’avais aussi un sérieux
problème avec les leçons de morale dont je ne voyais pas très bien
l’intérêt, n’ayant aucun sens de la culpabilité. Je
glissais donc dans mes devoirs quelques touches d’humour fort
peu appréciée qui altérèrent un peu ma superbe moyenne, mais pas ma
morgue. Car j’avais du mépris pour la morale. Et je le payais
cher.
À l’issue de la septième, en
ces temps lointains, trois options s’offraient aux jeunes
gens, en théorie selon leurs notes et leur potentiel. Moyenne basse
et peu de potentiel vous dirigeaient impitoyablement vers la classe
de fin d’études, sanctionnée par le certificat d’études
primaires. Moyenne moyenne et potentiel moyen, le collège
d’enseignement général (CEG) vous ouvrait ses portes
jusqu’au brevet d’études du premier cycle du second
degré (BEPC). Les moyens douteux et les bons moyens devaient se
soumettre à l’examen de passage en classe de 6ème, dont le
résultat les vouait au CEG ou au lycée. Les kraks dans mon genre
passaient en 6ème sans examen, comme ça, les mains dans les poches,
et ceux qui maintenaient leur vitesse de croisière jusqu’en
3ème faisaient également l’économie du BEPC et passaient en
douce en classe de seconde, jusqu’au redoutable baccalauréat.
Évidemment, j’étais admise en sixième sans examen, option
classique, français-latin-grec-anglais première langue ; pas
question de l’allemand pourtant réservé à l’élite, car
ma mère avait développé une grosse allergie dans les années 40.
Moi, je n’avais pas de préférence, j’ai donc approuvé,
sans avoir été consultée.
Pourquoi, dans ces conditions, ma
mère m’a-t-elle contrainte à passer le certificat
d’études ?
Son principal argument était
qu’il fallait apprendre à se soumettre aux contrôles, aux
examens, s’entraîner. « Et puis, tu n’auras peut-être
jamais d’autre diplôme ! » Ça, ça m’a fait mal ; je
n’avais jamais en effet envisagé cette possibilité. Mais je
n’eus pas le temps de faire le tour de cette hypothèse car «
de toute façon, tu n’as pas le choix, tu m’obéis,
c’est tout ». C’était un refrain très à la mode, en ce
temps là ; plus pour très longtemps, mais nul ne le savait encore.
Je dus par conséquent me soumettre à ce que je considérais comme
une humiliation : passer le certificat d’études, qui incluait
l’épreuve suprême : chanter la Marseillaise ! Et en public
!
Cette perspective me rendait malade.
Elle m’empêchait de dormir, j’en cauchemardais en
marchant, en mangeant, en me lavant les dents. Cette Marseillaise
m’obsédait, me hantait. Bien sûr, j’en connaissais les
paroles, au moins jusqu’au troisième couplet. Orchestrée par
Berlioz et interprétée par les chœurs de la Marine, je
trouvais même qu’il avait de la gueule, notre hymne national.
Mais de là à le chanter toute seule, sans fanfare, devant des
inconnus …
Le jour J arriva. Je renonçais à mes
projets de fugue d’autant plus facilement que ma mère dont la
confiance me touchait m’accompagna jusqu’à la porte de
l’établissement où se déroulait l’examen ; ce fut la
première et la dernière fois qu’elle m’accompagna à
l’école …
J’attendis un bon quart
d’heure dans une cours grise déjà peuplée de jeunes filles
qui me regardèrent comme une bête curieuse. Ma tenue bleu
marine-col blanc, mes chaussettes et ma grande natte les fit
doucement rigoler. Elles avaient l’air de petites femmes,
j’avais l’air d’un bébé. Elles feront moins les
fières à la fin de la dictée … Une sonnerie retentit, des
rangs se formèrent, les épreuves écrites débutèrent.
Sur ce terrain là, j’étais en
confiance. La dictée fut même une partie de plaisir :
l’institutrice prononçait toutes les liaisons ainsi que les e
muets. Je terminais les épreuves de calcul en moins de vingt
minutes et je pus aller rêvasser dans la cour toute seule, au
soleil. À midi, retour à la maison. Je mis un point d’honneur
à ne rien avaler, histoire de montrer à ma mère à quel point elle
était cruelle ; peine perdue. À quatorze heures sonnantes,
j’étais de retour à ce sinistre collège, escortée par ma
grand-mère qui tenta de m’encourager : « Va, ma grande, tu en
verras d’autres ! ».
Pas le temps de méditer cette
prophétie bizarre ; début des épreuves orales : histoire,
géographie … Et Marseillaise. L’estomac noué et
gargouillant, j’attendis longtemps l’appel de mon nom
situé dans la deuxième moitié de l’ordre alphabétique.
Histoire et géo furent des formalités. De retour dans la cour, mes
jambes flageolaient, mes tympans bourdonnaient et je faillis bien
manquer mon tour.
Six candidates, deux examinatrices.
Je vis à peine mes compagnes d’infortune, en revanche, je
scrutais le visage des examinatrices. Une petite grosse dame blonde
toute frisottée portant lunettes cerclées d’or, et une grande
maigre et jaune comme les gens qui ont mal au foie et coiffée comme
ma mère. Je choisis de chanter pour la petite grosse
dame.
J’entonnais ma Marseillaise à
grand-peine, car ma voix ne parvenait pas à sortir de mon gosier
douloureux. À l’attaque du deuxième couplet, la dame aux
lunettes souriait largement, et je perçus quelques ricanements
derrière moi. Je m’étranglai presque.
–Bien, Mademoiselle, merci !
déclara la dame brune. Pour les paroles, c’est parfait ; mais
pour la musique … avec qui avez-vous appris la Marseillaise
? –Avec ma mère,
Madame. –Ah … elle n’est
pas très musicienne, on dirait. –Si, elle joue du
violon. –Eh bien ! Je vous mets six.
Cinq pour les paroles, un pour la musique. Vous pouvez rentrer chez
vous, Mademoiselle. Les résultats seront adressés à vos parents par
la poste.
C’était fini ! J’étais
libre ! Je courus jusqu’à la maison, m’offrit un énorme
sandwich beurre-chocolat et me plongeais dans la lecture du
Larousse en six volumes, mon encombrant livre de chevet. Je
n’adressais pas la parole à ma mère pendant au moins deux
jours. Sauf oui, non, bonjour, merci.
Quelques années plus tard, sonna l’heure du
BEPC. Comme la moyenne générale de mes notes n’avait guère
baissé, malgré un superbe 5/20 en mathématiques, je n’eus
point besoin de me soumettre à l’épreuve de l’examen.
Dès que j’eus reçu le joli diplôme calligraphié
correspondant, je subtilisai dans le bureau de ma mère son
pitoyable semblable et je mis le feu, dans le jardin, à mon
certificat d’études primaires.Ce petit texte est candidat à un
concours d'expériences vécues sur le forum Saisons
d'écriture
Une très jolie reprise d'une
chanson jadis interprétée par Edith Piaf, par Albin de la Simone,
sur un tempo doux, un son un peu électro.
Je voulais partager avec vous une
autre reprise d'Edith Piaf, la ravissante version de Padam Padam
d'Arthur H. ; mais la seule version disponible (légalement) sur le
net souffre d'un son abominable. Ce sera pour plus tard ...